Claude PICAULT, soldat dans les armées de Napoléon 1er et Médaillé de Sainte-Hélène


Né peu de temps avant la Révolution, il combat dans les armées napoléoniennes pendant plus de 6 années, de 1807 à 1813. Condamné à 5 années de fers, on perd alors sa trace, mais il revient en Bourgogne et se marie au début de l’année 1818. Il survivra jusqu’en 1863, ce qui lui vaudra de recevoir la médaille de Sainte Hélène, créée par Napoléon III, pour récompenser les 405 000 soldats encore vivants en 1857, qui ont combattu aux côtés de Napoléon 1er pendant les guerres de 1792-1815.
Il est l’arrière-grand-père de Louis MENARD et mon arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père.

Lorsque Claude PICAULT est porté sur les fonts baptismaux le 25 novembre 1786 dans l’église Saint-Romain de Lucenay-les-Aix, dans la Nièvre, personne ne peut imaginer que trois ans plus tard, la Révolution Française, puis l’avènement de Napoléon 1er, viendront bouleverser la vie de cet enfant, destiné à être tisserand comme son père Antoine.
Vingt ans plus tard, Napoléon a toujours besoin de plus d’hommes pour ses campagnes. La loi du 5 septembre 1798, qui modifiait la loi Jourdan-Delbrel, avait donné naissance aux conscrits, c’est-à-dire aux  » inscrits  » ensemble sur une liste, tirés au sort parmi les jeunes gens âgés de 20 ans et déclarés aptes après une visite médicale devant un conseil de révision.

Conscrit n° 44 de l’an 1807, Claude n’a pas les moyens financiers pour se faire remplacer. Il passe donc la visite médicale, avec succès, puisqu’il est versé au 93ème Régiment de ligne, 4ème Bataillon, 3ème Compagnie et arrive au corps le 22 février 1807.

Mémoire des Hommes – 93ème Régiment de Ligne – 18 novembre 1806 au 13 avril 1809
(SHD/GR 21 YC 694)

On apprend ainsi qu’il mesurait 1m 61, avait les yeux gris, les cheveux et sourcils châtains, le visage et le menton ronds, le front couvert, la bouche et le nez moyens.

Mais où les campagnes effectuées par le régiment intégré par Claude PICAULT l’ont-ils mené ?

Le 24 septembre 1803, les 90ème et 93ème demi-brigades de ligne avaient donné naissance au 93e régiment d’infanterie de ligne (il a alors quatre bataillons).
Le 93e de ligne, au début des guerres de la Troisième Coalition, de fin 1804 à début 1806, avait fourni la garnison des vaisseaux de guerre au mouillage, en rade d’Aix.
Pour anecdote, le 2ème Bataillon, embarqué sur l’Achille, sera perdu corps et biens, lorsque l’Achille sombrera à Trafalgar.
C’est aussi à partir de la 2e Compagnie de chaque Bataillon de ce Régiment qu’ont été créées, par décret du 19 septembre 1805. les compagnies de voltigeurs. Mais revenons au 93ème Régiment de ligne lui-même, en mai 1806 il est en Italie, puis rejoint la Grande Armée au printemps de l’année suivante.

Les Côtes de la Baltique – 1807 :

C’est à ce moment que Claude PICAULT est incorporé. Il participe au siège de Kolberg, de mars 1807 au 2 juillet 1807, opposant les troupes napoléoniennes aux troupes prussiennes.
Son Régiment intègre, sous les ordres du maréchal Guillaume BRUNE, le Corps d’observation des côtes de la Baltique. Il participe alors au siège de Stralsund.  Cette ville portuaire, tenue par une garnison de 15 000 soldats suédois sous le commandement du lieutenant-général Hans Henrik Von ESSEN, était assiégée depuis le 30 janvier 1807.
Le maréchal Édouard MORTIER avait imposé un blocus pendant deux mois à la ville, avant d’être rappelé sur un autre front. Pendant son absence, les Suédois tentèrent de mettre fin au siège, mais les Français contre-attaquèrent, aboutissant à une trêve. Celle-ci sera violée par le roi Gustave IV Adolphe de SUЀDE, c’est pourquoi le maréchal  BRUNE enverra ses 40 000 hommes à l’assaut de la forteresse. Dépassés numériquement, les Suédois abandonnent ce port stratégique de la Baltique, ainsi que l’île voisine de Rügen.
Stralsund est alors occupée par les Français, mais est reprise brièvement par les Prussiens de Ferdinand von SCHILL, en mai 1809, avant de redevenir sous contrôle français le 20 août 1809.
Au mois de septembre, alors qu’à Paris est promulgué le Code de Commerce et est créée la Cour des Comptes, le Régiment de Claude rejoint la VIème Armée à Hambourg.

Prise de Stralsund 1807 (Hippolyte Lecomte)

La Guerre en Espagne – 1808/1810 :

En 1808, le 93ème Régiment de ligne combat sur deux fronts :

  • Le 3ème Bataillon est en Italie.
  • Les deux premiers Bataillons se trouvent à Eckmühl le 13 mai 1809, puis à Essling les 21 et 22 mai 1809, à Wagram les 5 et 6 juillet.
  • Le 4ème Bataillon, auquel appartient Claude, est envoyé à l’armée de Catalogne, sous les ordres du général DUHESME.

Général Guillaume Philibert Duhesme

Pour mémoire, au début de l’année 1808, Napoléon avait décidé de prendre le pouvoir en Espagne et d’y faire régner un de ses frères, Joseph.
Le 20 février 1808, il avait nommé Murat lieutenant général en Espagne et lui avait confié le commandement d’une armée d’environ 90 000 hommes.
Les troupes avaient l’ordre de respecter la population mais elles vont se montrer indisciplinées (rixes, vols de vases sacrés et viols). Pour le peuple espagnol, les français sont des conquérants impies et le 19 mars 1808, c’est l’insurrection du peuple et de l’armée.

C’est ainsi que le Bataillon de Claude participera en 1808 :
– aux combats d’Esperaguera (20 kms au nord-ouest de Barcelone)

Le 5 juin 1808 au matin, un convoi français quitte Martorell. Il a déjà dépassé Esperaguera quand il est attaqué par la division espagnole du général Campoverde qui se dirige vers Manrésa. L’arrivée du convoi de Barcelone est signalée aux troupes espagnoles par les habitants. Se trouvant trop inférieur en nombre, le colonel français donne l’ordre de rebrousser chemin sur Martorell. Mais comme l’ennemi ne semble pas mettre beaucoup de vigueur dans son attaque, il se ravise et fait attaquer le village d’Esperaguera.
Un violent combat s’engage alors et le colonel français donne à nouveau l’ordre de se retirer. La cavalerie espagnole charge la colonne avec succès et pousse les Français vers un affluent du Llogrégat. Comme le pont de la Noya sur lequel il faut passer est occupé par les habitants, le désordre se propage dans le détachement. Mais une partie de la troupe se rassemble, attaque le pont et se fait jour à la Baïonnette.
Des 1 000 hommes de la colonne, seuls 500 arrivent à Barcelone.
– à la défense de Barcelone et à la bataille et au siège de Gérone en juin et juillet
La ville avait été occupée avec succès, mais quelques semaines plus tard, les Espagnols s’insurgèrent contre les Français. La division DUHESME se trouve bientôt en difficulté.
Encerclé par les milices catalanes et l’armée régulière espagnole, le général français décide de pendre Gérone afin d’ouvrir une ligne d’approvisionnement avec la France. Les troupes franco-italiennes tentent un assaut sur la cité les 20 et 21 juin 1808, mais elles sont repoussées par les miliciens et les troupes régulières de la garnison sous les ordres des lieutenants-colonels O’DONOVAN et O’DALY.

Le Grand Jour de Gérone (Ramón Martí Alsina)

DUHESME se retire jusqu’à Barcelone où il reçoit le renfort de la division du général REILLE, ce qui lui permet d’entamer un second siège cinq semaines plus tard.
Napoléon sera en Espagne à partir de novembre 1808 et en décembre, il a complètement retourné la situation, l’insurrection espagnole semble agoniser. Mais la menace de l’invasion imminente par l’Autriche de la Bavière et du Piémont, le fait rentrer début janvier à Paris. Il confie le commandement à SOULT, et les tentatives des maréchaux pour pacifier l’Espagne seront vaines.

On retrouve le Bataillon de Claude pour les années 1809 et 1810 :
Le 1er janvier 1809 à Bruch (village situé à une cinquantaine de kilomètres de Barcelone, qui avait fait l’objet de deux batailles les 6 et 14 juin 1808),  à Igualada en février (parti de Villa-Franca le 16 février, le général GOUVION-SAINT-CYR y culbuta le général espagnol CASTRO), du 1er au 4 mars à Molins del Rey (conquise le 21 décembre 1808 par le même général SAINT-CYR qui battit ce jour-là le général espagnol Juan Miguel de VIVЀS y FELIU).

Bataille de Molino del Rey par le 7e corps de l’armée française en Espagne

Au début de 1810, la situation des Français en Espagne semblait plutôt bonne, Joseph avait retrouvé son trône à Madrid et contrôlait la majorité du pays. Partout en Catalogne, les armées françaises avaient pris le dessus sur les insurgés et contrôlaient une partie de plus en plus grande de la province.
Le Bataillon de Claude est à Uinas le 20 février 1810, à Manresa le 2 avril 1810 (la ville sera brulée le 30 mars 1812 par les Français) et à Picamoxons le 25 août 1810.

Le 23 août 1811, Claude change de Régiment, il passe au 11ème Régiment de ligne.

Mémoire des Hommes – 11ème Régiment de Ligne – 23 août 1811 au 2 mars 1813
(SHD/GR 21 YC 97)

Ce changement lui permet de rester en Espagne, car de 1811 à 1813, le 11ème Régiment de Ligne fait les campagnes aux Armées de Catalogne et d’Aragon.
Arrive le mois de janvier 1813. Que s’est-il passé ? Claude s’est-il révolté, a-t-il commis des exactions, des actes de rébellion ? Nous ne le saurons peut-être jamais, car il est difficile de retrouver des dossiers de condamnation de cette époque, d’autant que nous ignorons quel tribunal a rendu la sentence, mais Claude est condamné le 29 janvier 1813 à la peine de 5 années de fers.
Cela signifie que Claude aura au pied un boulet attaché par une chaine et devra effectuer des travaux forcés au profit de l’Etat pendant 5 années. A-t-il accompli ces 5 années en tant que bagnard et dans quel bagne ? Mystère à ce jour. A cette époque, les bagnes étaient situés dans l’Hexagone et plus particulièrement dans les ports.

En tout cas il a survécu et il est rentré « au pays », puisqu’on le retrouve dans sa Bourgogne natale à la fin de l’année 1816, au moment où sont publiés ses bans de mariage à Lamenay-sur-Loire (58), le 29 décembre.
Il se marie au début de l’année suivante, le 28 janvier 1817, avec Françoise GAUTHIER, originaire de Gannay-sur-Loire (03), de 11 ans sa cadette. Son père Antoine est présent. Quant à sa mère, elle était décédée le 7 juillet 1792 à Cossaye (58), alors que Claude n’avait que 6 ans.
Claude a une sœur Jeanne, de trois ans sa cadette, qui à cette époque est veuve d’Etienne GOULIER et qui épousera en secondes noces Joseph VINCENT en novembre 1817. Il a aussi un frère consanguin, Jean, né en 1796, issu du second mariage de son père avec Marie DURANTIN.

Claude, journalier, et son épouse se fixent à Cossaye, où ils auront 4 enfants : Marguerite née le 13 juin 1820, Gabriel né en 1824 et décédé en 1825, Jean né en 1827 et Joseph né en 1831.
Françoise GAUTHIER meurt le 10 mai 1839, mais Claude PICAULT lui survivra 24 ans.
Il décède le 25 octobre 1863 à Nogent, lieu-dit de Cossaye, à l’âge de 76 ans, ce qui lui permettra de recevoir la Médaille de Sainte-Hélène.

La Médaille de Sainte-Hélène :

Cette médaille a été créée par Napoléon III (décret du 12 août 1857), pour récompenser les 405 000 soldats encore vivants en 1857 (Français, Belges, Polonais, Danois, Irlandais, etc.), qui avaient combattu aux côtés de Napoléon 1er pendant les guerres de 1792-1815.
Il a donc fallu dresser des listes des ayants-droits de cette médaille, qui est, rappelons-le, la première médaille commémorative de l’armée française. Pour ce faire, les préfets envoyèrent en août 1857 aux différents maires de France, une circulaire les priant de leur adresser immédiatement un relevé des anciens militaires de la République et de l’Empire qui étaient susceptibles d’obtenir la médaille, avec le nom, le prénom, l’âge de l’ancien militaire, le corps dans lequel il a servi et le détail des services et campagnes.
Des affiches furent donc placardées sur les murs des villes et des villages quelques jours après dans les grandes villes et sans doute un peu plus tard dans les campagnes, car Claude PICAULT se rendit à la mairie de Cossaye le 25 octobre pour donner les informations demandées.

Aucun autre document n’a pu être trouvé aux Archives de la Nièvre concernant Claude PICAULT, mais les informations qu’il a fournies furent suffisantes pour obtenir la médaille.
C’est le sculpteur Désiré-Albert Barre qui la dessina et la réalisa. A l’avers se trouvait le profil de l’Empereur Napoléon Ier et au revers était inscrit ce texte : « Campagnes de 1792 à 1815. A ses compagnons de gloire, sa dernière pensée, Ste Hélène 5 mai 1821 ». Elle était présentée dans une boîte de carton au couvercle recouvert d’un papier blanc glacé, portant en relief l’Aigle impérial et l’inscription « Aux compagnons de gloire de Napoléon 1er – Décret du 12 août 1857 ».

Cette médaille de bronze se portait à la boutonnière, suspendue à un ruban vert et rouge à raies très étroites. En raison de la patine du bronze, elle fut surnommée « la médaille en chocolat ». La médaille était accompagnée d’un Brevet de ce type :

En s’inspirant de la photo de Louis-Victor BAILLOT, on peux rêver et s’imaginer un vieux Claude PICAULT, en sabots de bois et pantalon de velours, assis sur un banc face à la Loire, mains appuyées sur une canne, sa médaille de Sainte-Hélène accrochée près du cœur, racontant à sa petite-fille Jeanne MENARD, ses milliers de kilomètres parcourus, ses « exploits » dans les frimas de la mer Baltique ou sous le brûlant soleil d’Espagne.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s