X comme Nés sous X


Parmi les 69 poilus charrinois morts pour la France, 8 étaient des « Petits Paris« . Mais ils étaient loin d’être les seuls à avoir été élevés à Charrin.

A partir de 1820, la Nièvre devient un département de placement nourricier des enfants assistés de la Seine. Les enfants placés dans ce département représentent 50 à 60 % de l’effectif de la Bourgogne, et environ un quart du total des enfants de la Seine placés sur l’ensemble du territoire français. Ainsi, au cours du XIXème siècle, le Morvan accueille environ 47000 enfants de l’Assistance publique. En 1876, l’agence de Château-Chinon est la plus importante de France ; elle place 3000 enfants par an.

L’année 1877 voit la création d’une agence à Decize. Charrin et ses environs abriteront tout naturellement un nombre important d’enfants assistés. Les «Petits-Paris», comme on les surnomme, seront un moyen de compléter les maigres revenus tirés de la terre.

De 1877 à 1914, 351 enfants assistés de la Seine seront confiés à des familles charrinoises, 192 garçons et 159 filles.
On découvre leur existence dans les actes de décès et dans les recensements :

  • en 1881, sur les 1016 habitants, 24 sont des enfants de l’assistance de Paris
  • en 1891, sur les 1150 habitants, 90 sont des enfants de l’assistance de Paris.
  • en 1896, sur les 1166 habitants, 89 sont des enfants de l’assistance de Paris.
  • en 1901, sur les 1144 habitants, 86 sont des enfants de l’assistance de Paris.
  • en 1906, sur les 1098 habitants, 83 sont des enfants de l’assistance de Paris.
  • en 1911, sur les 1014 habitants, 84 sont des pupilles de l’assistance de Paris, on voit aussi apparaître une pupille née à Nevers.

Bien que ces orphelins soient accueillis dans des familles, leur mortalité n’en reste pas moins élevée. En 1867, le docteur Monot, maire de Montsauche, écrit dans son ouvrage « De l’industrie des nourrices et de la mortalité des petits enfants » qu’un tiers des Petits-Paris meurent entre huit jours et trois mois après leur arrivée.
A Charrin, on fait mentir les statistiques puisque on atteint à peine le taux de 10% de mortalité pour les enfants de moins de 3 mois et celui de 17% pour les enfants de moins de 1 an.

Les enfants de l’assistance publique feront partie de la vie et du développement de Charrin ainsi que de nombreuses communes nivernaises et ils auront des destins très variés.

Quelques uns deviendront à leur tour, des parents nourriciers comme Jeanne LAVIGNE, accueillie dans la famille PASCAUD aux Arbelats, qui prendra en charge, avec son mari Jean-Marie BERTRAND, les enfants Louise VERGNEAU et Marie MOINE ou Léocadie ANDRÉ qui s’occupera de Jean VALLIER et de Marie HORRUT avec Adrien DUCROIZET son conjoint.
Jeanne ROBERT épousera Gabriel PICOT, un des fils de ses parents nourriciers avant de devenir famille d’accueil pour Marcel Paul DUMAS.
Emile RUDLOFF confié à la famille PINOT dans le bourg sera Maire de la commune pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Emile BOUTONNET et Paul GERMAIN feront parlés d’eux dans la presse.
Certains reviendront dans le village pour leur retraite et y resteront jusqu’à leur mort.

Camille Georges DUVIGNOT, élevé avec mon arrière-arrière-grand-mère Marie BOURGEOIS, enverra à la famille une photo de sa femme Marguerite et de son fils Louis.

L’assistance publique sera vigilante envers ses pupilles et n’hésitera pas à les confier à une autre famille si elle les sent en danger. Ce sera le cas de Gaston Louis BRESBART, blessé grièvement avec une machette; il sera finalement confié à une famille de Devay.

Pour les mariages, les futurs conjoints devront fournir un certificat de bonnes vie et mœurs et devront prouver qu’ils peuvent subvenir aux besoins du pupille.

Comme nos 8 Petits Paris morts pour la France, certains eurent des destins tragiques comme Joseph BIFFE, engagé volontaire à 18 ans lors de la première guerre mondiale. Il fût fait prisonnier en Allemagne en mai 1918 et rapatrié en janvier 1919. De retour en France, il se maria deux fois. Employé de la STCRP (RATP), domicilié à Saint-Ouen au 62 rue Anselme, il fût militant du parti communiste clandestin et interné en raison de la dissolution du parti communiste pour cause de pacte germano-soviétique, la police française le considérant comme un communiste notoire. Agent actif de la propagande clandestine, distributeur de tracts, il a été arrêté et détenu à Aincourt, Chateaubriant. Puis livré aux allemands à leur demande, il fut transféré au camp de Royallieu (60). Déporté depuis Compiègne pour Auschwitz le 6 juillet 1942, sous le matricule 45246, il décède le 4 novembre 1942 au camp de Birkenau. Est-ce une coïncidence d’avoir mis à jour cette histoire le jour de la sortie du livre « A l’Aube de Birkenau » ?

Même une fois adulte, l’assistance publique n’hésite pas à aider ses anciens pupilles et à intervenir en leur faveur pour l’obtention d’un emploi comme ce fût le cas pour Dimitri POULAIN.

Il me reste encore de nombreux dossiers à demander au Fil d’Ariane que je remercie infiniment avec une mention spéciale pour Philippe. Et qui sait peut-être une idée de thème pour un prochain Challenge AZ ?

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